Commission européenne - Discours [Seul le texte prononcé fait foi] Discours liminaire du Commissaire Hansen devant les Commissions des Affaires Européennes et des Affaires Économiques de l'Assemblée Nationale Paris, le 7 octobre 2026 Mesdames, Messieurs les Députés, Je vous remercie pour votre invitation. En Europe, lorsqu'on parle d'agriculture, on parle nécessairement de la France. La France est la première puissan...
Commission européenne - Discours [Seul le texte prononcé fait foi] Discours liminaire du Commissaire Hansen devant les Commissions des Affaires Européennes et des Affaires Économiques de l'Assemblée Nationale Paris, le 7 octobre 2026 Mesdames, Messieurs les Députés, Je vous remercie pour votre invitation. En Europe, lorsqu'on parle d'agriculture, on parle nécessairement de la France. La France est la première puissance agricole européenne. À elle seule, elle représente près de 18 % de la production agricole de l'UE en terme de valeur. Elle est une terre de production, d'exportation, d'innovation, mais aussi de débats et d'ambition pour l'avenir de notre agriculture. Elle est aussi une amie de la PAC et je sais que nous pouvons toujours compter sur vous au niveau européen pour la soutenir. Je veux d'emblée vous transmettre un message simple : la Commission européenne est consciente du rôle stratégique de l'agriculture. L'Europe, et la France au premier plan, viennent de traverser une série de canicules, de sècheresses et d'incendies historiques. Avec, une fois de plus, nos agriculteurs en première ligne de ces épreuves. Je tiens à exprimer ici toute ma solidarité pour les agriculteurs qui ont continué à travailler sous une chaleur écrasante pour continuer à nous nourrir, pour essayer de protéger leurs récoltes et aider leurs animaux à faire face à ces températures extrêmes. Et je salue ceux qui se sont engagés pour combattre les incendies aux côtés de nos pompiers. J'ai suivi la situation de près. L'impact économique et humain est lourd et, sur le secteur de l'élevage notamment, il continuera de se faire sentir encore longtemps. Cela me préoccupe beaucoup. Je salue d'ailleurs la réactivité du gouvernement français qui a présenté un paquet de mesures de soutien ambitieux et qui porte ce sujet au niveau européen avec vigueur. Dans le contexte actuel, soutenir les agriculteurs, renforcer notre souveraineté alimentaire et préserver notre capacité de production ne sont plus seulement des objectifs sectoriels. Ce sont des impératifs stratégiques pour l'Europe. Et la Politique Agricole Commune, la PAC, reste au cœur de notre action. J'étais il y a quelques semaines en Moselle, aux Terres de Jim, aux côtés de nos jeunes agriculteurs. Nos discussions furent univoques : nous ne pouvons garantir une agriculture européenne productive, résiliente, compétitive et durable sans une PAC forte et commune. Ce n'est pas un hasard si elle est la plus ancienne politique commune du projet européen. Car un continent qui ne peut plus nourrir sa population est un continent qui perd une part de sa liberté. Sa souveraineté, c'est la conviction qui guide mon action depuis le début de ce mandat. Notre PAC n'est pas seulement la plus ancienne politique commune, elle est moderne car elle a su évoluer au fil du temps pour s'adapter aux besoins de la société, du secteur et des orientations du marché. La Vision pour l'agriculture et l'alimentation, que j'ai présentée au début de mon mandat et qui guide notre action, s'oriente autour de 3 axes : la compétitivité, la souveraineté, et la résilience. Tout d'abord, productivité et compétitivité, deux mots qui avaient presque disparu de notre vocabulaire, et que j'ai réintroduit au début de mon mandat. Il faut être conscients de nos forces dans le secteur agro-alimentaire. Nous avons près de 9 millions d'exploitations dans l'Union européenne qui réalisent chaque année une valeur ajoutée de 900 milliards d'euros. En termes d'emploi, le secteur agricole et agro-alimentaire représente, avec 30 millions d'employés dans l'UE plus du double de l'industrie automobile. C'est le premier secteur manufacturier de l'UE. Et enfin, nous sommes le premier exportateur et le premier importateur mondial de produits agroalimentaires. Une super-puissance, mais une super-puissance qui peut vaciller, si nous n'y prenons pas garde. Pour rester forts, les agriculteurs ont besoin de stabilité, et l'aide au revenu reste indispensable. Notre Politique Agricole Commune est le pilier de cette stabilité. La France en sait quelque chose. Elle est, et elle restera, la première bénéficiaire de la PAC. Et l'agriculture restera le seul secteur à bénéficier d'une aide au revenu garantie dans le prochain cadre financier européen. Grâce à la sanctuarisation d'un montant minimum dans nos propositions budgétaires, les aides au revenu agricole seront protégées. Je parle bien sûr des paiements directs mais aussi de toutes les autres aides qui arrivent directement à la ferme, au bénéfice des agriculteurs. Les Etats pourront compléter les montants sanctuarisés avec les autres fonds européens à leur disposition, et ceux-ci se chiffrent à plusieurs milliards d'euros. Je tiens à insister sur ce point : les 300 milliards d'euros sanctuarisés que nous avons proposé représentent un plancher, un minimum. Chaque Etat aura une réserve de fonds à disposition dans lesquels ils pourront puiser pour financer, entre autres, le développement rural. La spécificité du secteur agricole et son importance ont été pleinement prises en compte. Notre position est claire : le soutien à l'agriculture et aux zones rurales est un investissement dans notre sécurité alimentaire, et dans notre autonomie stratégique. Les négociations sur le montant final du prochain budget européen et son architecture se poursuivent au plus haut niveau entre les Etats. Et je sais pouvoir compter sur la France pour défendre les intérêts des agriculteurs. Pour moi, il est essentiel d'obtenir un accord rapide, cette année. Pour maintenir cette garantie, assurer une stabilité pour le secteur et assurer les paiements pour 2027. Remettre en question le bien-fondé du budget européen pour la mise en œuvre de nos politiques communes, dont la PAC, affaiblira le soutien financier dont nos agriculteurs ont besoin. A ceux qui seraient tentés de se passer du soutien européen, j'affirme que c'est l'absence de PAC qui coûterait bien plus cher. Des exploitations qui mettraient la clé sous la porte faute de soutien suffisant, des régions entières laissées à l'abandon, des prix qui augmenteraient pour les consommateurs et notre production délocalisée dans des pays moins regardants sur les exigences sanitaires, climatiques et environnementales. Au-delà de l'argent, nous devons aussi créer un environnement plus favorable pour que nos agriculteurs restent compétitifs. Grâce aux mesures de simplification que j'ai lancées l'année dernière, les agriculteurs pourront économiser plus d'un milliard et demi d'euros et les administrations nationales près de 210 millions d'euros. Plus de souplesse, ça vaut aussi dire un seul contrôle par an au lieu de plusieurs sur une ferme, une proposition préconisée par la France. C'est aussi plus de flexibilité sur les obligations environnementales pour s'adapter à un nouveau climat. Nous continuons d'agir pour renforcer la position des agriculteurs et des petits producteurs dans la chaîne alimentaire, pour plus d'équité. Et la mise en place d'un environnement plus favorable passe aussi par plus de réciprocité. C'est pourquoi nous avons renforcé les contrôles à l'importation et progressé vers plus de concurrence loyale dans les échanges commerciaux. J'ai toujours défendu le commerce pragmatique, non un commerce naïf. Cela implique aussi, et c'est mon deuxième point, de renforcer notre souveraineté. Les agriculteurs français, comme ceux des autres pays européens, souffrent de la hausse des prix des engrais et de l'énergie. L'hiver qui approche ne sera pas plus facile. Au mois de mai, j'ai présenté un plan d'action pour les engrais avec un paquet financier exceptionnel de 540 millions d'euros dont la plus grande part pour la France, soit 107 millions d'euros. Au-delà du soutien immédiat et nécessaire, nous devons aussi développer la production européenne d'engrais bio-sourcés et bas carbone. Actuellement, nous importons environ 40% de nos engrais et dépendons trop fortement des importations de protéines végétales. Cette dépendance fragilise notre autonomie et expose nos agriculteurs aux chocs extérieurs. J'ai lancé un partenariat sur les engrais avec tous les acteurs de la chaîne pour développer les engrais produits chez nous, à de prix abordables. Et, guidée par le Plan européen pour les protéines, la future PAC offrira de nouveaux leviers pour soutenir la production de protéines végétales, accompagner les investissements nécessaires et soutenir les filières. L'autonomie, c'est aussi maintenir des secteurs stratégiques de notre production en Europe, comme l'élevage. Je vous le dis clairement : l'élevage compte pour l'Europe. Il représente 40 % de la valeur ajoutée agricole européenne, 400 milliards d'euros de chiffre d'affaires, et sept millions d'emplois. C'est dans cet esprit que nous avons adopté, en juillet dernier, la toute première Stratégie européenne pour l'élevage. Nous voulons mieux prévenir les crises sanitaires et climatiques, accompagner l'innovation, renforcer la réciprocité des normes et soutenir les territoires où l'élevage constitue le cœur de la vie économique et sociale. Nous ferons en sorte que l'excellence de la production européenne soit pleinement valorisée et reconnue grâce, entre autres, à une meilleure indication de l'origine. C'est un secteur qui se trouve aussi être particulièrement vulnérable aux chocs du marchés et aux chocs climatiques. Les dernières années nous ont rappelé une évidence : le risque est devenu élevé. Face à cela, notre responsabilité est d'aider les exploitations à anticiper, à prévenir quand c'est possible, et à mieux résister. Car la résilience n'est pas seulement la capacité à absorber les chocs. C'est la capacité à continuer à produire malgré eux. Et c'est mon 3 ème et dernier point. Nous développons une approche plus complète de la gestion des risques, combinant prévention, assurance et outils d'anticipation. J'ai aussi proposé de doubler notre fonds de crise, que nous appelons filet de sécurité unitaire, dans le prochain cadre financier pour mieux faire face aux perturbations de marché. De 450 à 900 millions par an. Et notre ambition climatique ne faiblit pas. On ne produit pas sans eau. Nous présenterons donc aussi une nouvelle Initiative européenne pour l'eau. Elle examinera comment utiliser l'eau plus efficacement, comment investir davantage dans les infrastructures hydrauliques et d'irrigation, et utiliser au mieux l'innovation et l'agriculture de précision. Et le futur Fonds européen de Compétitivité permettra aussi de financer la recherche pour le secteur et de nombreux projets dans le prochain cadre budgétaire. Ces dossiers seront centraux dans le programme de travail de la Commission européenne l'année prochaine, et je reste pleinement engagé pour le secteur. Mesdames, Messieurs les députés Sur tous ces sujets, la France a un rôle particulier à jouer. Parce qu'elle est une grande nation agricole. Et parce qu'elle a toujours porté une vision ambitieuse de l'agriculture européenne: une agriculture qui produit, qui protège ses agriculteurs et qui prépare l'avenir. Face aux incertitudes du monde, notre capacité à agir ensemble est une force. Aucun État membre, aussi puissant soit-il, ne pourra relever seul les défis alimentaires, climatiques ou géopolitiques qui sont devant nous. Mais ensemble, nous pouvons faire de l'agriculture européenne un pilier de notre souveraineté, de notre compétitivité et de notre résilience. Les agriculteurs n'attendent pas seulement de nous une vision. Ils attendent des décisions, des résultats et de la confiance. Je veux vous assurer que c'est dans cet esprit que je poursuis mon action : Avec une attention constante aux réalités du terrain, avec la volonté de soutenir celles et ceux qui nous nourrissent, Et avec la conviction profonde que la France est et restera au premier rang de cette ambition agricole européenne. Je vous remercie. SPEECH/26/2080 <@rel_link@>