Commission européenne - Discours [Seul le texte prononcé fait foi] Discours de la Commissaire Lahbib au Parlement fédéral Belge Brussels, le 29 septembre 2026 C'est un plaisir d'être de retour au Parlement belge, l'enceinte où les échanges sont toujours enrichissants, j'ai pu y aiguiser mon combat politique… J'ai un peu le sentiment de revenir à la maison. Il y a près de deux ans, en me choisissant comme Commissaire ...
Commission européenne - Discours [Seul le texte prononcé fait foi] Discours de la Commissaire Lahbib au Parlement fédéral Belge Brussels, le 29 septembre 2026 C'est un plaisir d'être de retour au Parlement belge, l'enceinte où les échanges sont toujours enrichissants, j'ai pu y aiguiser mon combat politique… J'ai un peu le sentiment de revenir à la maison. Il y a près de deux ans, en me choisissant comme Commissaire européenne pour la Belgique, notre pays a hérité d'un portefeuille inédit : Crisis management and preparedness : l'anticipation des crises et leur gestion. Pour la première fois, l'Union européenne étend la gestion de crise à leur anticipation, pour forger une Europe qui ne se limite plus à réagir aux catastrophes, un changement d'esprit dicté par la multiplication des menaces et des crises : le terme est ici à prendre au sens large : de la guerre en Ukraine, aux catastrophes provoquées par bouleversements climatiques, les menaces hybrides… C'est l'aspect protection civile de mon portefeuille qui s'étend également aux crises dans le monde et à l'aide humanitaire où l'Union en tant que donateur majeur est actif de Gaza à Kyiv, de Bunia à Caracas … Deux piliers d'action qui se prolongent par un troisième pour former un triptyque bien équilibré : L'égalité ! Parce que dans toutes les situations de crise, les premières victimes sont toujours les plus fragiles, elles méritent une attention particulière : les femmes, les enfants, mais aussi les personnes âgées, LGBTIQ, les minorités ethniques, etc. Chacun doit se sentir inclus, partie prenante d'une société où personne ne se sent exclu. Dans un monde où les valeurs s'estompent, où les discriminations sont en hausse, où même les acquis sont remis en question, l'Union européenne tient le cap alors que des vents contraires tentent de nous faire revenir en arrière... notamment concernant les droits des femmes. Vous l'aurez compris, il s'agit d'un portefeuille transversal, le fil rouge qui relie ses différents aspects ce sont les gens, leur sécurité, leur bien-être, leur avenir dans une Union à laquelle ils sont fiers d'appartenir et où la solidarité n'est pas qu'un mot écrit dans un traité, ni un vœu, mais une action qui se mène sur le terrain dès qu'un pays est en danger ou confronté à un événement qui le dépasse. C'est l'Europe à son meilleur. Cet été, la Belgique a vu cette solidarité à l'œuvre. Dans les heures qui ont suivi l'appel de la Belgique au centre de crise européen a activé le mécanisme européen de protection civile. Notre service satellitaire Copernicus a d'abord fourni une cartographie instantanée et précise pour évaluer la situation. Ensuite, des hélicoptères néerlandais de notre pool européen ont pris la direction des Fagnes. Les jours suivant, ce sont des avions bombardiers d'eau de notre réserve stratégique européenne basées en Suède qui arrivaient sur place, des renforts venus d'Allemagne et de Norvège ont suivi. Devant la complexité de l'incendie, nous avons dépêché des experts des Pays-Bas et d'Espagne. Quelques jours plus tôt, une dizaine de moyens aériens européens, des hélicoptères, des avions luttaient contre les feux dans la Gironde en France. Nos équipes étaient aussi à l'œuvre en Grèce, en Espagne, au Portugal… Malgré la simultanéité des feux, nous avons pu répondre à toutes les demandes des États membres et même au-delà puisque nous avons pu également venir en aide à la Tunisie et le Chili ! Si cela a été possible, c'est parce que nous nous étions préparés. Cet été, nous avons pré-positionné quelque 800 pompiers européens dans 6 pays à risque, ouvert un nouveau hub aérien à Chypre et nous ne cessons de renforcer notre réserve stratégique déjà composée de 22 avions et 5 hélicoptères. Des moyens supplémentaires mais surtout un plan d'action présenté en mars 2025 : une stratégie pour une Union de la préparation qui englobe tous les niveaux de pouvoir, du local à l'européen, des citoyens, au secteur privé, sans oublier la nécessaire collaboration civilo-militaire. Une stratégie qui comprend aussi tous les risques : inondations, pandémies, attaques hybrides, bactériologiques, nucléaires, menaces de drônes dans l'espace européen… Pour avoir la capacité de gérer les effets en cascade de ces crises, j'ai proposé de renforcer le mécanisme de protection civile européen, avec un centre de crise plus développé, avec un HUB capable de recevoir toutes informations critiques en un seul point d'entrée pour plus d'efficacité. En cas de crise, c'est notre chaîne d'approvisionnement qui indique notre niveau de résilience : c'est pourquoi nous avons produit un plan sur les stocks stratégiques et les contre-mesures médicales ; la résilience en matière d'eau ou encore la gestion globale des risques d'incendie en ce compris le rôle central des agriculteurs. Toutes ces stratégies renforcent l'efficacité du mécanisme européen : la coordination, la communication sont des éléments clés autant que la solidarité qui est toujours à double sens. Si la Belgique a bénéficié de l'aide cet été, elle a répondu présente à plusieurs reprises, de la Moldavie au Liban, en passant par la France. Les feux qui ont ravagé près de 700.000 hectares ont fait les titres de l'actualité cet été, l'Europe est le continent qui se réchauffe le plus vite au monde, les vagues de chaleur sont une nouvelle menace pour l'homme. Cette année, comme l'année dernière, le réchauffement climatique, les feux de forêts étaient au cœur du discours sur l'État de l'Union de la présidente de la Commission européenne, avec plusieurs initiatives dont la constitution d'une flotte aérienne propre à l'Union européenne. Les menaces sont multiples, imprévisibles, comme le Hantavirus qui a touché des passagers et des membres d'équipage venus de toute l'Europe. Là encore, c'est le mécanisme européen de protection civile qui a permis d'agir vite : coordonner les évacuations, les vols de rapatriement, les tests et l'accès à de possibles traitements. En République démocratique du Congo, nous avons soutenu dès les premières heures la lutte contre le virus Ébola. Je me suis rendue moi-même à Bunia, l'épicentre de l'épidémie, avec le premier cargo d'aide humanitaire, pour soutenir celles et ceux qui, chaque jour, sont en première ligne face à l'épidémie. Un plaidoyer pour la solidarité et pour renforcer la confiance avec les populations locales, au moment où certaines grandes puissances prônaient la fermeture des frontières, au risque d'isoler la RDC à un moment critique. En situation de crise en général, l'information et la communication sont essentielles pour tisser la confiance nécessaire à une réaction cohérente. Cette question est au cœur des avancées technologiques. L'intelligence artificielle, l'informatique quantique et les biotechnologies offrent d'immenses possibilités. Mais elles créent aussi de nouveaux risques, comme nous l'avons vu avec des modèles d'IA qui échappent à tout contrôle, ou qui servent à concevoir de nouveaux virus. L'Europe doit donc se préparer à tout, et surtout à l'imprévu. Nous travaillons à l'heure actuelle à une première évaluation globale des risques et des menaces de l'Union : l'objectif est d'avoir une vision d'ensemble et non plus une vision fragmentée des menaces sécuritaires selon la position géographique des 27 États membres. Nous renforçons également la coopération entre nos intervenants civils et nos armées, en complémentarité avec l'OTAN. Pendant le COVID, nous avons vu comment l'armée pouvait soutenir les autorités civiles au moment où c'était le plus nécessaire. Demain, je rencontrerai par exemple les ambassadeurs de l'Otan pour échanger nos points de vue et renforcer notre collaboration. Et les citoyens ne sont pas oublié, on l'a vu cet été, ils sont souvent les premiers sur le terrain, ce sont des aides précieuses en attendant l'arrivée des secours. Et un citoyen préparé, c'est un citoyen en sécurité, qui peut mieux aider. D'où les 72 heures de résiliences que j'ai présenté en mars de l'année dernière. D'ici la fin de l'année, nous publierons des conseils pratiques pour que les familles sachent quoi faire en cas d'urgence. Cette même solidarité s'étend bien au-delà des frontières de l'Europe. L'Union européenne est l'un des principaux donateurs humanitaires au monde. Et les derniers baromètres européens montrent que nos citoyens en sont fiers. Nous continuerons à soutenir les Nations unies, au cœur du système humanitaire. Nous continuerons à défendre le droit international humanitaire et ses principes. Notre aide est neutre, indépendante, impartiale et basée uniquement sur les besoins humains. Parce que l'aide humanitaire n'est pas seulement une réponse à l'urgence. C'est un engagement. La semaine dernière, à l'Assemblée générale des Nations unies à New York, j'ai porté trois messages européens : • Défendre le droit international humanitaire et les principes humanitaires. • Protéger les civils et les travailleurs humanitaires. • Défendre la diplomatie humanitaire, là où la diplomatie politique a échoué. La diplomatie humanitaire doit être pleinement intégrée à la politique étrangère de l'Union. Elle transforme les valeurs européennes en résultats concrets : ouvrir des routes, garantir l'accès aux populations et les protéger, y compris là où le dialogue politique est rompu. J'ai pu mesurer moi-même sa force lors de mes missions dans la région des Grands Lacs où j'ai pu m'entretenir avec les rebelles du M23 et obtenir des avancées précieuses pour les populations dans le besoin. Il y a aujourd'hui plus de 130 conflits armés, soit plus de deux fois plus qu'il y a 15 ans. Le système humanitaire est sous une pression énorme. Il y a peu de donateurs pour une charge de plus en plus lourde. 250 millions de personnes dépendent de l'aide humanitaire dans le monde. L'ONU essaie péniblement de rassembler les fonds pour en sauver les plus fragiles : 87 millions. Face à ce constat, nous avons lancer plusieurs initiatives pour rendre notre aide humanitaire plus efficace. 60 à 80 % des coûts de l'aide humanitaire part dans le transport et la logistique. C'est pourquoi j'ai mis en place un Groupe de haut niveau sur la chaîne d'approvisionnement stratégique : pour que les organisations humanitaires travaillent mieux ensemble, éviter les systèmes parallèles, les doublons, réduire le gaspillage. Investir dans l'aide humanitaire, c'est aussi investir dans la prévention des crises de demain. La fragilité et les crises mondiales croissantes alimentent l'instabilité et l'insécurité, la radicalisation, les déplacements forcés et la migration illégale, l'effondrement des marchés et les menaces sanitaires. S'attaquer aux causes profondes de la fragilité et des crises est donc aussi dans l'intérêt de l'Europe. C'est pourquoi nous avons élaboré une nouvelle approche européenne de la fragilité. Le principe est simple : nous ne pouvons pas nous contenter d'arriver avec une aide vitale quand une crise éclate. Nous devons relier l'action humanitaire, mieux et plus vite, aux efforts de développement et de paix. Cela signifie comprendre plus tôt les risques locaux, investir dans la résilience et utiliser nos financements de manière plus judicieuse, là où ils peuvent faire la plus grande différence, pour répondre à la fois aux besoins immédiats et aux défis structurels. Enfin, nous travaillons à élargir la base de donateurs, en incluant mieux les secteurs bancaires, privés et philanthropiques, pour une aide qui permet au plus vite à ceux qui en dépendent de retrouver leur dignité et leur indépendance. J'ai par exemple signé un accord la semaine dernière à New-York avec la banque européenne d'investissement et l'agence des nations unies pour le développement qui comme vous le savez, est dirigée par un certain Alexandre Decroo : notre objectif est de travailler ensemble : les 3 secteurs : humanitaire, développement et bancaire pour une aide plus efficace, axée sur l'économie circulaire, la durabilité. Les crises frappent certaines personnes plus durement que d'autres. Ce qui m'amène à l'égalité. On me demande parfois : « Est-ce vraiment le moment de parler des droits des femmes ? » Avec la guerre en Ukraine et au Moyen-Orient. L'incertitude économique. Les tensions commerciales. Les attaques hybrides. La désinformation. Et l'intelligence artificielle qui transforme nos sociétés ? Ma réponse est toujours la même : oui. Plus que jamais. Parce que tous ces changements touchent les femmes et les filles. Leur sécurité. Leur liberté. Leur santé. Leur indépendance économique. Et l'Europe fait de réels progrès : sur la transparence salariale, l'équilibre entre les femmes et les hommes dans les conseils d'administration, la lutte contre les violences faites aux femmes et l'aide aux parents pour concilier travail et famille. L'égalité, c'est une question de droits. Et c'est une question de prospérité pour l'Europe. Réduire les écarts entre les femmes et les hommes, c'est plus de personnes au travail, moins de pénuries de main-d'œuvre et une économie plus forte. L'Institut européen pour l'égalité entre les hommes et les femmes estime qu'une plus grande égalité pourrait augmenter le PIB par habitant de l'Union de près de 10 % d'ici 2050. Et créer plus de 10 millions d'emplois. Donc l'égalité, ce n'est seulement une question de morale, ou de justice, elle a un impact direct sur notre compétitivité. Alors que certaines régions du monde reviennent sur les droits des femmes, l'Europe s'est dotée d'une Feuille de route pour les droits des femmes, approuvée par les 27 États membres. Cette année, nous avons traduit cette feuille de route en actes avec notre nouvelle Stratégie pour l'égalité hommes - femmes pour les cinq prochaines années. Elle couvre tous les aspects de la vie, en ligne et hors ligne. Lutter contre les violences faites aux femmes. Améliorer la santé des femmes. Réduire les écarts économiques. Et protéger les femmes en ligne. Et je le dis partout : les hommes et les garçons doivent faire partie de la solution. Et cela commence dès le plus jeune âge. L'Europe restera un phare pour l'égalité entre les femmes et les hommes, surtout quand cette lumière faiblit ailleurs. La Belgique est l'un des États membres les plus égalitaires d'Europe. Grandir ici a façonné ma vision de l'égalité. Cela a aussi façonné mon parcours personnel. Je suis fière qu'ici, chacun soit libre d'être qui il est. Et fière de pouvoir porter ces valeurs à travers l'Europe. Dans notre Union, l'égalité est un droit pour tous et la diversité fait notre force. C'est pourquoi nous avons présenté une nouvelle Stratégie en faveur de l'égalité des personnes LGBTIQ+, notre première Stratégie européenne de lutte contre le racisme, une action renforcée pour les populations Rom et pour l'intégration des personnes handicapées. Brique après brique, nous construisons une Union où chacun peut participer pleinement et vivre dans la dignité. Nous avons également répondu à deux initiatives citoyennes européennes. Sur «My Voice, My Choice», l'Union a reconnu l'avortement non sécurisé comme un enjeu de santé publique et a ouvert les fonds de solidarité aux États qui le souhaitent pour la prise en charge de frais liés à l'avortement. p Sur les pratiques de conversion, nous faisons avancer une action européenne pour mieux renforcer la protection des personnes LGBTIQ+, et mettre fin à ces pratiques néfastes et terriblement traumatisantes. Nous travaillons pour l'instant avec des groupes représentants les LGBTIQ, des professionnels et experts pour émettre une recommandation aux Etats-Membres puisqu'il s'agit ici (comme pour l'avortement) d'une compétence nationale. Je suis ici aujourd'hui parce que vous êtes des partenaires essentiels dans tout ce que nous cherchons à accomplir en Europe. Vous êtes le lien direct avec les Belges. Vous connaissez leurs réalités, leurs attentes et leurs préoccupations. Vous fixez les priorités, décidez des investissements et façonnez la société que nous voulons construire ensemble. La Belgique a beaucoup à apporter à l'Europe. Et ensemble, nous pouvons continuer à montrer ce qu'elle est capable d'accomplir. La préparation. L'aide humanitaire. L'égalité. Ils peuvent sembler être des aspects très différents de notre action. Mais pour moi, c'est une seule et même promesse. Que lorsque la crise frappe, l'Europe fait front commun. Nous nous protégeons les uns les autres. Et nous devons faire en sorte que chacun soit libre de vivre dans le respect et la dignité. Ici, en Belgique. Et dans toute notre Union. Parce que la diversité est notre richesse, et l'Union est notre force, nous pourrons faire face aux défis, chacun prenant sa part, chacun pouvant compter l''autre. L'Europe est une promesse qui demeure puissante, qui attire et nous donne ce sentiment d'appartenir à quelque chose qui nous dépasse autant qu'il nous rassemble. SPEECH/26/2001 <@rel_link@>