Commission européenne - Discours [Seul le texte prononcé fait foi] Discours Sénat – colloque leadership féminin Paris, le 4 mai 2026 C'est un honneur pour moi que d'être parmi vous aujourd'hui. Et je veux remercier Myriam Allouche pour avoir pris le temps de m'envoyer une invitation si personnelle et argumentée que je ne pouvais la refuser. Chère Myriam, votre leadership, votre engagement pour l'Europe et votre aisan...
Commission européenne - Discours [Seul le texte prononcé fait foi] Discours Sénat – colloque leadership féminin Paris, le 4 mai 2026 C'est un honneur pour moi que d'être parmi vous aujourd'hui. Et je veux remercier Myriam Allouche pour avoir pris le temps de m'envoyer une invitation si personnelle et argumentée que je ne pouvais la refuser. Chère Myriam, votre leadership, votre engagement pour l'Europe et votre aisance à jeter des ponts à travers les continents m'impressionnent sincèrement. En tant qu'ancienne journaliste, j'ai gardé certaines habitudes, comme celle de poser des questions, alors permettez- moi de commencer par vous en poser une : Sam, Mark, Dario, Demis, Elon. Qu'est-ce que ces prénoms ont en commun ? C'est la poignée d'hommes à la base de la technologie la plus puissante du monde : l'intelligence artificielle, qui transforme aujourd'hui déjà, notre manière de travailler, d'apprendre, de nous soigner, de communiquer, notre manière de vivre. Cinq hommes. Alors pourquoi commencer une conférence sur le leadership féminin avec cinq hommes ? Parce que l'intelligence artificielle a le potentiel de tout changer. Comme l'imprimerie a transformé le savoir. Comme l'électricité a transformé l'industrie. Comme l'internet a transformé nos liens. La question est donc simple : les femmes vont-elles contribuer à façonner ce nouveau monde ? Ou allons-nous être façonnées par lui ? Pouvons-nous prendre le risque de voir les stéréotypes de genre, les inégalités et injustices contaminer de façon viscérale et automatique, une intelligence qui interviendra à tous les niveaux de nos vies ? Je connais votre réponse, et j'espère qu'elle s'accompagne de cette colère juste, nécessaire pour porter un combat de longue haleine, car au-delà de ces 5 hommes, 80 % des jobs dans le secteur des nouvelles technologues sont occupées par des hommes… Donc il y a du travail, si l'on veut que les vieux préjugés ne soient pas programmés dans le monde de demain. Si l'on veut que cette nouvelle révolution reflète toute la société. Pas seulement la moitié. Et l'intelligence artificielle n'est qu'un exemple. Guerres et leadership mondial Regardez le monde aujourd'hui : les guerres, les divisions, la loi du plus fort qui remplace de plus en plus le dialogue, la diplomatie en bafouant les traités internationaux, l'État de droit. Et Regardez, les photos de famille à la fin des sommets des chefs d'États… De plus en plus monochromes, avec des nuances de gris, noir, et testostéronés. Difficile de ne pas faire un lien entre ce déséquilibre qui traduit des inégalités croissantes, et l'état du monde d'aujourd'hui. Plus que jamais, le monde a besoin de davantage de femmes aux responsabilités. En politique, en diplomatie, dans les entreprises, dans tous les secteurs de nos sociétés. Des femmes qui construisent des ponts entre les peuples. Des femmes qui choisissent le dialogue plutôt que la destruction. Des femmes qui façonnent un XXIe siècle plus libre, plus juste et surtout plus pacifique. Les études le montrent, quand les femmes sont à la table des négociations diplomatiques, la paix est plus durable, parce que l'écoute est différente, plus inclusive. Les compromis plus équilibrés relèvent moins du rapport de force… Je l'ai expérimenté moi-même quand j'étais ministre des Affaires étrangères. Au Conseil européen, je peux vous assurer que la parole circule différemment quand les femmes sont en nombre ou quand c'est une femme qui préside. Mon parcours Mesdames et Messieurs, Permettez-moi de vous de poursuivre sur une note plus personnelle. Mon père est arrivé d'Algérie en Europe dans les années 40, à un moment où l'Europe avait besoin de bras pour se reconstruire et où l'Algérie encore française, faisait face à une famine sévère. La recherche de travail l'a mené à s'éloigner de plus en plus loin de son petit village, jusqu'à traverser la mer, remonter la France, loin dans le nord pour atterrir finalement dans les mines de charbon, de l'autre côté de la frontière, dans une des régions les plus pauvres de Belgique, où je suis née. Il y avait peu de chance, qu'une fille des mines du borinage, aille à l'université. Peu de chance qu'elle devienne reporter de guerre, présentatrice du journal télévisé en prime time, encore moins ministre des Affaires étrangères. Très peu de chance qu'elle entre à la Commissaire européenne, pour occuper un des bureaux que sa mère nettoyait à l'aube, en tant que femme de ménage il y a une vingtaine d'années. Elle faisait partie de l'équipe Berlaymont, 9 ième étage, l'étage que j'occupe aujourd'hui… Mektoub m'a-t-elle dit à sa façon de voir les signes du destin. Pourtant, si tout devait être écrit, ça n'a rien d'un conte de fée, mais plutôt d'une course d'obstacles où les haies à franchir se révèlent au fur et à mesure de la vie. De la petite fille qui pense qu'elle a les mêmes chances que son frère, à la jeune universitaire qui croit qu'elle réussira à force de travail, à la jeune-mère de deux enfants… Les épreuves se multiplient, la course est de plus en plus inégale … Et l'on finit par comprendre que l'art de réussir pour une femme, tient davantage dans sa capacité à tomber et à se relever. Ce que je partage avec vous, ce n'est pas seulement un ressenti, une histoire personnelle, non c'est l'histoire des femmes d'aujourd'hui… Et nous sommes parmi les plus chanceuses. L'Europe, terre d'opportunité et de liberté, reste le meilleur endroit au monde où vivre quand on est femme. Notre Union est construite sur des principes de solidarités, de diversité et d'égalités… Des idéaux qui restent des idéaux à traduire dans la réalité ! Car la réalité, c'est que le chemin qui mène à l'égalité est encore long. Au travail, les femmes sont encore trop souvent moins payées pour le même emploi (11% de moins en moyenne). À la maison, elles portent encore la plus grande part des responsabilités familiales, les soins des enfants, des grands-parents empiètent sur la carrière, l'interrompent avec pour résultat des pensions moins élevée, 25% en moyenne et un risque accru de tomber dans la pauvreté après 65 ans. Dans les entreprises, en politique, dans les postes de direction, dans les secteurs financiers, quand il faut négocier un emprunt à la banque… les portes ne s'ouvrent pas et quand elles s'ouvrent, elles se referment plus vite devant une femme. Je ne dis pas cela pour vous décourager. Je le dis pour que vous en soyez consciente. Car le changement commence par la prise de conscience. L'égalité n'arrive pas toute seule, elle se conquiert chaque jour, et c'est chaque jour de plus en vrai. Le recul en arrière menace, des principes, des droits que l'on croyait acquis sont attaqués, partout dans le monde. Je repense souvent à cette phrase de Simone de Beauvoir : « Rien n'est jamais définitivement acquis. Il suffira d'une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Votre vie durant, vous devrez rester vigilantes ». Elle avait raison. Les avancées pour l'égalité La première fois que cela m'est apparu clairement, c'était à New-York où chaque année en mars, se tient l'un des plus grands événements des Nations-Unies, la « Commission sur le statut des femmes ». En 2025, la nouvelle administration américaine venait d'envoyer un mot d'ordre à toutes les entreprises partenaires et ONG : plus question d'égalité, d'inclusivité et de diversité dans vos chartes. Un an plus tard, le gouvernement américain décidait de couper toute contribution aux agences de l'ONU qui traitent des femmes en particulier…avant de refuser d'adhérer aux conclusions générales de la Commission. Une situation inédite depuis 70 ans…J'étais là, pour représenter l'Union européenne, avec notre toute nouvelle stratégie pour l'égalité des genres, résultat d'une feuille de route adoptée par l'ensemble des 27 États membres. Fière de cette Europe qui a encore des idéaux, qui adopte des directives, des stratégies pour les atteindre, fière et triste à la fois, de devenir un phare dans la nuit, une lueur d'espoir pour garder le cap, vers plus d'égalité dans le monde. Le défi est immense. Au rythme actuel, il faudra encore cinquante ans pour atteindre l'égalité entre les femmes et les hommes. Un demi-siècle. Je n'ai pas le temps d'attendre si longtemps. Et je suis sûre que vous non plus. Alors nous nous sommes attelés au travail : la stratégie pour l'égalité des genres, que nous avons présenté le 8 mars dernier, propose 30 mesures concrètes pour lever les obstacles que rencontrent les femmes et les filles tout au long de leur vie, dans tous les aspects de leur vie. Violence Son premier chapitre s'attaque à la violence à l'encontre des femmes. Et je sais combien ce combat vous tient à cœur madame la sénatrice. Une femme sur trois dans l'Union européenne a subi des violences liées à son genre. Nous avons adopté un arsenal législatif pour combattre la violence physique, domestique et digitale. La semaine dernière le parlement a envoyé un signal fort pour introduire une notion européenne de consentement dans la définition du viol. Le Digital Services Act et l'AI Act visent à responsabiliser les plateformes digitales et à mieux lutter contre le cyberharcèlement, les deepfakes et pornfakes. Santé Pour la première fois nous mettons en lumière les inégalités présentes dans les soins de santé. Le corps des femmes est sous-investis dans la recherche scientifique, négligé dans les tests cliniques. Les femmes sont encore sous-diagnostiquées pour une série de maladies, dont les maladies cardiaques. La recherche médicale ignore encore trop souvent les différences entre les sexes. Alors nous lançons une initiative avec l'Organisation mondiale de la santé pour remédier à cette injustice qui coûte chaque année des vies. Avortement Il y a deux mois, nous avons répondu de façon positive et efficace à une initiative citoyenne « Ma Voix , Mon Choix » en donnant la possibilité aux États membres qui le souhaitent, de se servir de fonds européens de solidarité pour permettre à des femmes de leur pays ou d'un autre État membre, d'avoir accès à des soins d'avortement sûrs et abordables. Car près d'un demi-million d'avortements non sécurisés ont encore lieu chaque année en Europe. Pouvoir économique Nous agissons aussi sur le pouvoir économique des femmes qui va de pair avec la compétitivité européenne. Rendez-vous compte, si on se rapproche de l'égalité d'ici 2050, le PIB par habitant de l'UE pourrait augmenter de près de 10 %. Et créer plus de dix millions d'emplois. L'égalité, c'est le bon sens, du bien-être ! Et pourtant, l'écart d'emploi entre hommes et femmes, coûte plus de 390 milliards d'euros par an à l'Union européenne. Les femmes sont la plus grande source de talents inexploités. Transparence salariale D'ici le mois de juin, une directive importante devra être mise en œuvre au sein de l'Union : La directive sur la transparence salariale . Quand les salaires sont visibles, l'égalité progresse. Et nous voulons faire de l'Europe la première destination pour les femmes dans la recherche, l'innovation et les start-up d'ici 2030. Leadership Au plus haut niveau du leadership féminin, l'Union essaie aussi de montrer l'exemple. C'est une femme qui dirige la Commission européenne, une femme à la tête du Parlement européen, de la diplomatie européenne et la de Banque européenne d'investissement. C'est un progrès réel… Et je ne serais sans doute pas devant vous, si Ursula Von der Leyen n'avait pas insisté auprès des États membres pour qu'ils proposent des femmes commissaires. Violence en ligne et démocratie Et je vais vous faire une confidence, à peine mon nom était cité dans la presse, que j'étais l'objet d'attaques sans précédent, ma page wikipédia a été modifiée plus de 800 fois en quelques semaines, toujours de façon plus négative, et une armée de troll s'en prenait à moi sur les réseaux sociaux. Et la presse finit par s'emparer de ce qui se dit sur les réseaux, vous vous retrouvez prise au piège d'un cercle irrationnel, vicieux, très déstabilisant et les fumées hallucinatoires se transforment en vérités… la première fois que j'ai rencontré la présidente de la Commission, elle m'a tout de suite rassurée en me disant que c'était normal, que j'étais une femme, et donc bien sûr une imposture, une incompétente. Elle m'a conseillé de ne plus lire ni presse, ni réseaux sociaux. Mais tout le monde n'a pas la force d'Ursula VDL, ni les équipes pour vous informer sans aller sur les réseaux… Un tiers des femmes politiques en Europe est confronté à la violence en ligne et quitte totalement les réseaux sociaux à cause de cela. La démocratie ne peut pas s'épanouir si les femmes sont chassées de la vie publique. Pour l'instant, avec mes équipes, nous travaillons sur une recommandation sur la sécurité des femmes en politique. Pour protéger les candidates et les élues contre les menaces et le harcèlement. Et soyons claire : l'inégalité entre les femmes et les hommes n'est pas une question de femmes. C'est une question de société. Les hommes et les garçons doivent faire partie de la solution. On y arrivera pas sans eux ! Egalité pour tous Quand nous parlons d'une Europe libre et égale, cela inclut aussi la communauté LGBTIQ+. En octobre dernier, nous avons adopté une nouvelle stratégie pour cinq ans. Et nous menons actuellement un travail pour lutter contre les pratiques de conversion. Nous avons aussi adopté en janvier la première stratégie contre le racisme, avec entre autres, des séances de formation pour les médias et dans les écoles pour lutter contre les stéréotypes. Nous avons renforcé les centres pour l'égalité des chances à travers l'Europe, en leur donnant les moyens d'être plus indépendants des États. Et pour les 90 millions de personnes vivant avec un handicap en Europe, l'Acte européen sur l'accessibilité apporte de vrais changements : des services et des droits harmonisés à travers l'Europe, non pas comme une faveur, mais comme un droit. Femmes et filles dans les crises Mesdames et Messieurs, Vous le savez, je suis aussi Commissaire à l'aide humanitaire, j'ai visité des zones de conflit en Ukraine, au Moyen-Orient, en Afrique, en Asie et en Amérique du Sud. Des continents différents, des guerres différentes. Mais partout, la même réalité : les femmes et les filles paient le prix le plus lourd. Viol, violences sexuelles, exploitation, traite des êtres humains, torture et esclavage… J'ai visité de nombreux camps de réfugiés, sur différents continents… J'en reviens toujours bouleversé et à la fois plus déterminée. Un travailleur humanitaire m'a dit un jour, la guerre au Soudan à un visage, celui d'une femme… Pour moi, elle a le visage d'Amani. Je l'ai rencontré à Adré, à la frontière entre le Soudan et le Tchad. Dans son regard, on pouvait lire la peur. La peur de revivre l'impensable. Une guerre qui déchire tout, un mari disparu, un fils abattu devant elle, son dernier né mort de faim dans ses bras. La fuite, la terreur, le viol. Et dans ce camp à Adré, une fragile lueur d'espoir. Du Soudan, à Gaza, en passant par l'Ukraine, les violences sexuelles sont utilisées comme arme de guerre et de répression politique. Il s'agit d'un crime. Et nous le traitons comme tel. L'an dernier, l'Union européenne a consacré plus de 100 millions d'euros pour lutter contre les violences de genre et soutenir la santé sexuelle et reproductive. Nous intégrons la dimension du genre dans l'ensemble de nos financements humanitaires. Et notre stratégie comporte aussi un projet appelé SHIELD, consacré à la dignité et à la sécurité des femmes déplacées par les catastrophes naturelles et plus souvent encore par les guerres provoquées par l'homme. En tant que Commissaire à l'aide humanitaire, confrontée à des budgets de plus en plus réduits… Je me vois répéter souvent que l'aide seule, ne peut mettre fin aux crises humanitaires. Il faut la paix, et pour qu'elle soit durable, il faut des femmes. Femmes, Paix et sécurité En 2011, aux Philippines, des femmes musulmanes formées par l'ONU ont contribué à mettre fin à l'un des conflits les plus longs du monde. En 2023, en RDC, Pétronille Vaweka a reçu le prix Women Building Peace Award pour avoir mis fin à des violences inter-ethniques et libéré des otages. Lorsque les femmes dirigent, la paix suit. Les femmes doivent être à la table des négociations, non pas comme observatrices, mais comme médiatrices, arbitres et preneuses de décisions. C'est cet objectif qui est défendu dans l'agenda Femmes, Paix et Sécurité. Et l'Union européenne y est pleinement engagée. Conclusion Mesdames et Messieurs, J'ai commencé avec cinq prénoms. Permettez-moi d'en terminer avec cinq autres. Leïla. Sofia. Amina. Emma. Giulia. Cinq prénoms de femmes. Voilà comment je veux voir l'avenir. Des femmes qui façonnent les technologies les plus puissantes. Des femmes leader des plus grandes entreprises du monde. Des femmes qui dirigent des institutions internationales, des femmes chefs- d'État. Peut-être que ces femmes, sont ici dans cette salle aujourd'hui. Alors laissez-moi terminer avec un message simple pour chaque femme ici présente. Prenez votre place, aller la chercher au sommet, à la prise de décision, au top du leadership. C'est ainsi que le changement commence. Quand une femme s'élève, elle en élève d'autres avec elle. Regardez autour de vous. La prochaine grande dirigeante européenne est peut-être assise juste à côté de vous. C'est peut-être vous. Aller aussi loin que vos rêves peuvent vous porter. Si vos jambes et vos mains tremblent, c'est que vous êtes sur la bonne voie. Et si vos rêves ne vous font pas peur, c'est qu'ils ne sont pas assez grands pour vous ! Merci. SPEECH/26/971